"Over Bleed" T1 par 28Round

Kei fait partie de ce que l’on appelle, au Japon, les ijimé : ces élèves martyrisés par leurs ainés ou leurs camarades de classe. Souvent ce sont de simples écoliers un peu différents et renfermés sur eux même. Les brimades peuvent n’être que verbales, dans les cas les plus légers, mais peuvent aller jusqu’aux atteintes physiques violentes (et répétées), dans les cas les plus graves. C’est ce qu’a voulu monter le dessinateur et scénariste 28Round.

image © 28Round – 2008 Square Enix Co, Ltd. – 2010 Ki-oon
Derrière ce pseudonyme se cachent deux Coréens, Jun Sang Young pour le scénario et Park Jungki pour le graphisme. Les deux artistes se sont associés et ont créé ce collectif pour leur unique série à ce jour publiée directement pour un éditeur japonais. Vu la force avec laquelle est décrite la maltraitance, il semble logique que les auteurs se soient protégés avec un nom d’emprunt . Et ils ont bien eu raison :  » Over Bleed «  a fait polémique au Japon et s’est vite arrêté, au troisième volume.
L’histoire commence fort, le protagoniste principal, Kei, passe du stade de brimé à celui bagarreur. Pas la petite bagarre dans la cour de récréation, mais la « baston » violente et préparée. Les poings recouverts d’un foulard pour se protéger et des dialogues évocateurs « … si tu savais à quel point un combat peut être jouissif !! ». À côté, le manga  » Coq de combat « (2) passe pour un shôjo. Les brimades, les coups, la mort, le suicide se succèdent dans cette histoire qui laisse un gout d’amertume prononcé.

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La vie est triste, on sent la lourdeur qui pèse sur les épaules de chaque personnage. Leur besoin de se sentir le plus fort. Le voyeurisme grâce aux films des combats envoyés sur internet. Et surtout la recherche d’un ami, une personne de confiance qui ne serait plus là. En effet, l’histoire tourne principalement autour du décès présumé d’Akira, un jeune ayant tenté d’entrainer Kei dans son suicide. Ce dernier s’en ressortira, le corps d’Akira ne sera lui jamais retrouvé. Pourtant Kei semble le reconnaitre sur des images de Free Fight diffusé sur un site de partage de vidéo alors qu’il se présente sous le pseudonyme de Bunen.

image © 28Round – 2008 Square Enix Co, Ltd. – 2010 Ki-oon
 » Over Bleed «  n’est pas un manga tout public. Mais quel est son public d’ailleurs?? Les amateurs de baston ? Les fans d’histoires tristes et misérables où la condition humaine est revenue à un stade animal ? Les jeunes au mal de vivre permanent ? Ou peut-être tout cela en même temps??

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En tout cas, le trait de 28Round est vif, nerveux, mais maitrisé. Les scènes d’action sont parfaitement mises en valeur. Les protagonistes identifiables immédiatement, même lorsque leurs visages sont tuméfiés par les coups. Les décors sont soignés et la mise en page claire et dynamique. Ce manga se dévore à une rapidité impressionnante, les cases s’enchainent les unes après les autres. Le texte est simple, démonstratif et va à l’essentiel.

image © 28Round – 2008 Square Enix Co, Ltd. – 2010 Ki-oon
Si vous n’avez pas les tripes bien accrocher, n’envisagez même pas d’ouvrir ce livre, chaque page est un choc visuel. Les autres attendront avec impatience les deux prochains volumes.
Gwenaël JACQUET
 » Over Bleed  » T1 par 28Round
Éditions Ki-oon (7,50)

Couverture française © 28Round – 2010 Ki-oon
(1)  » Bully  » : Phénomène de maltraitance ayant été traité par Larry Clark dans son excellent film du même nom mettant en scène Brad Renfro et Rachel Miner qui interprètent respectivement Bobby Kent et Marty Puccio. Deux amis d’enfance perdus dans une petite ville américaine. Le premier se sert de son ami comme défouloir, il le brime dès qu’il peut et cela finit bien évidemment tragiquement.
(2)  » Coq de combat  » : manga de Iz Hashimoto et Akio Tanaka paru aux éditions Delcourt/Akata. 19 volumes en français sur les 25 parus au Japon. La série est d’ailleurs arrêtée à cause d’un différend entre le dessinateur et le scénariste. Le premier a intenté un procès à Iz Hashimoto qu’il accuse de n’avoir fourni qu’une ébauche insuffisante pour être crédité en tant qu’unique scénariste.

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2 Comments

  • Anonyme
    11 ans ago Reply

    Les auteurs de cette série sont coréens, et le dessinateur a notamment oeuvré sur le remarqué Dangoo. Donc non, ce n’est pas sa seule série, même si c’est la seule qu’il ait faite pour le marché nippon, à ma connaissance 😉
    Une réussite en tout cas, même si je trouve sa réputation d’ultra violence un poil surfaite (Coq de combat m’a beaucoup plus impressionné par son côté jusqu’au boutiste…).

    • Gwenaël Jacquet
      11 ans ago Reply

      Personnellement, c’est le graphisme et la mise en scène de la violence, aussi bien physique que morale, que je trouve extrêmement poussés.
      En plus, le sujet du suicide des jeunes et de la maltraitance est un fait de société pris très au sérieux au Japon.
      C’est pourquoi je trouve ce manga très fort psychologiquement et graphiquement. Bien plus que «  Coq de combat  » qui reste  » la  » référence en la matière, mais n’explore pas la violence de la même manière et aussi crument.

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