« PIL » par Mari Yamazaki

Quand Mari Yamazaki a dessiné ce manga, en 2011, il y avait presque 20 ans que le dernier album de PIL, « That What Is Not », était paru (1). Elle ne savait donc pas que le groupe allait se reformer et réaliser un nouveau disque en 2012 : « This is PiL » (2).
PIL, c’est avant tout le groupe de Johnny Rotten, l’ex-chanteur des Sex Pistols. Ce groupe éphémère, car n’ayant sorti qu’un seul album (« Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols »), est considéré comme le fer de lance du mouvement punk en Angleterre. Sur fond de malaise social, la contestation des jeunes et des classes populaires était exacerbée par cette musique énergique et bruyante.
En cette période, le Royaume-Uni subissait une crise majeure et les ouvriers ne roulaient pas sur l’or, loin de là. La pauvreté et le dénuement, voilà un thème également abordé dans ce manga.

Avec « PIL », Mari Yamazaki nous offre un récit inspiré par son histoire personnelle et sa passion pour la Grande-Bretagne et plus largement l’Europe. « PIL » retrace la vie de deux personnages principaux : Nanami, une jeune fille énergique et Tokushirô, son grand-père. Ils habitent tous deux sous le même toit, la mère de Nanami, chanteuse lyrique, étant retournée vivre en Italie, laissant sa fille au Japon. Si son grand-père est quelqu’un de très agréable à vive, il a néanmoins deux énormes défauts : il est un peu naïf et surtout dépensier. Nanami, de son côté, essaie de gérer au mieux l’argent qui leur sert à se nourrir. Elle n’accepte pas les dépenses farfelues de son aîné, à tel point que leurs rôles semblent inversés : elle est plus adulte et mature que son grand père et essaie de sécuriser leur vie commune. Étudiante dans un lycée catholique, elle ne s’y sent pas à sa place. Sa meilleure amie est assez riche, comme le reste de ses camarades. Du coup, Nanami ne comprend pas pourquoi elle l’accompagne dans sa quête d’argent, au cours de collectes de vieux papiers. Ce qui pour elle est une nécessité n’est qu’un jeu pour sa camarade… Qu’importe, cela donne de l’entrain.


Ce qui va finalement rapprocher Nanami de son grand-père, c’est leur goût commun pour l’anticonformisme et la culture anglo-saxonne. Contrairement à la plupart des Japonais, Tokushirô parle extrêmement bien anglais, car il a vécu en Angleterre.
Contrairement aux apparences, le vieil homme comprend parfaitement l’esprit punk. Il n’hésite pas à critiquer ouvertement l’ex-petit ami de Nanami, qui n’est punk que d’apparences.
Malgré son apparente désinvolture, Tokushirô est vraiment à l’écoute des problèmes que sa petite fille peut rencontrer. Il observe d’un œil bienveillant son évolution dans ce monde un peu hostile. Il partage avec elle un goût certain pour la musique, même s’il ne le montre pas ouvertement.

Au premier abord, on pourrait penser que « PIL » est un manga n’abordant que les conflits intergénérationnels. Mais il s’agit avant tout d’une histoire assez profonde sur la survie d’une jeune fille délaissée par sa mère. Elle se réfugie dans la musique et cherche un idéal se trouvant, pense-t-elle à l’étranger. Un peu comme Mari Yamazaki lorsqu’elle était jeune. Avant de réaliser « Thermae Romae » et rencontrer un succès bien mérité, cette dessinatrice a voyagé à travers le monde. Alors qu’elle n’était qu’adolescente, elle a visité la France,  mais aussi l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre. Aujourd’hui, elle vit en Amérique du Nord. Même si ce n’est pas une autobiographie à proprement parlé, on sent qu’elle a mis ce qu’elle avait de plus personnel dans ce récit énergique et passionnant.

À noter que « PIL » est publié dans le sens de lecture occidentale. Du coup, aucune excuse aux réfractaires du manga. Cette histoire peut être partagée par tous les amateurs de romans graphiques. Casterman ne s’est pas trompé en le publiant dans sa collection Écriture. Même si la doctrine punk est aujourd’hui un peu oubliée, cette histoire rappellera sûrement quelques souvenirs à certains lecteurs. Il plongera également les plus jeunes dans un passé pas si lointain. Nanami est une rebelle, mais surtout une battante prête à tous les sacrifices pour suivre la voie qui semble tracée pour elle.
Gwenaël JACQUET
« PIL » par Mari Yamazaki
Éditions Casterman, collection« Écritures » (15 €) – ISBN : 9782203066427
(1) PIL : « That What Is Not », paru chez Virgin en 1992. Comprend les chansons suivantes : « Acid Drops », « Luck’s Up », « Cruel », « God », « Covered », « Love Hope », « Unfairground », « Think Tank », « Emperor » et « Good Things ». Outre Johnny Lydon au chant, le groupe était constitué à cette époque de Ted Chau aux claviers et à la guitare, Bruce Smith à la batterie, John McGeoch à la guitare et Russel Webb à la basse.
(2) PIL : « This is PiL», paru en 2012 sous leur propre label PiL Official, avec une distribution française par Differ-Ant. Outre l’excellent et mélodieux « One Drop », l’album comprend 11 autres morceaux : « This is PiL », « Deeper Water », « Terra-Gate », « Human », « I Must Be Dreaming », « It Said That », « The Room I Am In », « Lollipop », « Opera », « Fool », « Reggie Song » et « Out of the Woods ». Le groupe est aujourd’hui composé de Johnny Lydon, Bruce Smith, Edmonds Lu et Scott Firth.

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2 Comments

  • GrandeRete! Tante Notizie!
    8 ans ago Reply

    […] « PIL » par Mari Yamazaki Quand Mari Yamazaki a dessiné ce manga, en 2011, il y avait presque 20 ans que le dernier album de PIL, « That What Is Not », était paru (1). Elle ne savait donc pas que le groupe allait se reformer et réaliser un nouveau disque en 2012 : « This is PiL » (2).PIL, c’est avant tout le groupe de Johnny Rotten, l’ex-chanteur des Sex Pistols. Ce groupe éphémère, car n’ayant sorti qu’un seul album («…[Questo è solo un sommario. Fate click sul titolo della notizia per leggere l'articolo completo dal sito di provenienza.] […]

  • PIL | Clodjee's Safe-House
    3 ans ago Reply

    […] PIL (le titre original est le même) est un manga josei écrit et illustré par Mari Yamazaki qui est paru en prépublication en 2010 dans le magazine mensuel Office You avant d’être publié en un seul volume par Shûeisha en août 2011. La version française est paru dans la collection Écritures de Casterman en avril 2013. Le titre fait référence à Public Image Limited, le groupe de post-punk fétiche du personnage principal. Casterman offre sur leur site quelques planches en prévisualisation mais on en trouve également plusieurs exemples sur le site de BDZoom. […]

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