« 24 Histoires d’un temps lointain » par Leiji Matsumoto

Bien évidemment, ce recueil tente de toucher la fibre nostalgique des quarantenaires ayant grandi avec le célèbre pirate de l’espace (1). Albator est indéniablement un personnage emblématique de cette époque où les dessins animés japonais étaient encore distribués au compte-gouttes. Fort de deux séries TV, il a marqué les esprits, aussi bien par la ténacité de son personnage, sa justesse ou son sens moral que par la beauté des femmes longilignes, toutes calquée sur un modèle unique qui peuple ce conte spatial. « 24 Histoires d’un temps lointain », comme son nom l’indique, est un recueil de courtes aventures réalisées il y a longtemps où, justement, on retrouve par moment Albator. Souvent dramatiques, les tableaux dépeints par Matsumoto peuvent, au premier abord, être perçus comme extrêmement pessimiste ; mais, au final, il y a toujours un retournement de situation qui ouvre les portes d’un avenir prometteur. Il est justement difficile de résumer la plupart de ces nouvelles graphiques sans dévoiler ce qui en fait leur saveur ou en révélant le twist final. Dans la plupart, il s’agit d’évoquer le sort de l’humanité, ses origines, son avenir et, surtout, le fait qu’elle doit perdurer. Ce livre insiste bien sur le rôle de la femme dans la procréation et la survie de l’espèce humaine. Au départ, certaines chroniques bien grivoises retombent rapidement sur leur pattes grâce à une explication pleine de bon sens. Il ne faut pas oublier, non plus, que ces histoires datent des années 1960-70, un temps où la libération des mœurs battait son plein.

Graphiquement, cela reste du grand Leiji Matsumoto… Pour les gens aimant Matsumoto. Son graphisme suranné est un modèle par son encrage dynamique au pinceau, à une époque ou les pleins et les déliés étaient la norme. Tout l’univers bien connu des fans d’Albator est bien présent. À la fois par ce côté space opéra comme celui, plus terre à terre, de la conquête de l’ouest. Les machines atypiques, au cadran omniprésent, qui font se mouvoir les nombreux engins spatiaux, sont toujours d’un blanc immaculé sur ces fonds noirs et froids. Seul regret, la couverture aurait mérité une illustration en couleur plus chaleureuse et attirante. Si le lecteur peut apprécier l’effort de l’éditeur pour garder les premières pages en couleurs de ce recueil, dommage que leurs impressions soit un peu floues et tranchent trop avec le reste du livre.

Il en reste un beau pavé de plus de 400 pages découpées en 24 histoires qui, si elles se recoupent souvent, sont toutes agréables à lire. Elles offrent indéniablement un bon sujet de réflexion sur la vie en général. De quoi passer de bonnes soirées en compagnie d’un monstre vivant de la science-fiction nipponne. C’est également une bonne introduction pour les plus jeunes qui voudraient découvrir le travail d’un maître ayant inspiré les meilleurs clips de Daft Punk avec « Interstella 555 » ou le film 3D d’« Albator » sorti l’année dernière.

Gwenaël JACQUET

« 24 Histoires d’un temps lointain » par Leiji Matsumoto
Éditions Kana (15 €) ISBN : 9782505061298

(1) Albator n’est pas un corsaire, contrairement à ce que la chanson du générique interprétée par le regretté Éric Charden, laisse entendre : « Un corsaire se battant au nom et pour les intérêts d’un pays ». Albator étant apatride, il ne peut, bien évidement, pas revendiquer ce titre et ses actes de piraterie en font le pire brigand que l’univers pourrait connaître un jour.

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2 Comments

  • Marcel
    7 ans ago Reply

    contrairement à ce que la chanson du générique interprétée par le regretté Didier Barbelivien, laisse entendre
    Euh… Il est toujours vivant Barbelivien. Mais c’est bien le parolier de la chanson, interprétée et composée par Eric Charden, qui lui est bien décédé. Un petit mix des infos, quoi.

    • Gwenaël Jacquet
      7 ans ago Reply

      Oups, en effet, un malencontreux mix de personnalité de ma part. je corrige immédiatement. Toutes mes excuses à Didier Babelivien qui n’est manifestement pas encore un fantôme.

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