Le poisson d’avril tourne au vinaigre…

Shibuya, quartier de Tokyo dynamique et bondé, se voit envahi par une nuée de poissons rouges géants flottant dans les airs. Et ces poissons ne sont pas inoffensifs : ils se nourrissent de chair humaine. La zone est bouclée, comme confinée dans un bocal où les personnes prisonnières en son sein tentent tout naturellement de survivre, coûte que coûte, à ce cauchemar incompréhensible. Et ce qui va se passer est loin d’être joli. La nature animale est l’instinct de survie de certains humains : ce qui va les emmener à privilégier leur survie au détriment des autres qu’ils n’hésiteront pas à sacrifier. Scènes souvent d’une violence extrême pour le plus grand plaisir des lecteurs !

Prévu pour être disponible en librairie le 1er avril 20230, « Shibuya Hell » a manqué ce rendez-vous atypique. Pourtant, cela partait d’une très bonne idée  : lancer une série horrifique aux relents de mauvaises blagues sur la poiscaille transformée en monstre sanguinaire le jour où, justement, on pratique les canulars faciles à base de poissons. La série fut donc disponible avec deux mois de retard à cause de la pandémie qui a obligé les commerces à fermer. Tant pis, cette date, si elle était amusante en soi, n’a aucune importance dans le récit.

On pensait avoir tout vu en matière de monstres, avec les Godzilla, les zombies ou les plantes tueuses. Il restait les poissons, lesquels se montrent indéniablement être de dangereuses créatures hors de leur bocal. OK !  La situation est improbable, mais c’est ce qui rend cette série surréaliste et amusante. Pire, ces cannibales flottant dans les airs se multiplient en infestant les humains qui éclatent en donnant naissance à une multitude d’alevins ayant envahi le corps de leur hôte. Comme toujours dans ce type d’histoire, les protagonistes sont enfermés et tentent de s’échapper. Ils ont tous une bonne raison de survivre, et certains trépassent, alors que le lecteur commençait à avoir de l’empathie pour eux. En ce sens, ce drame est assez bien construit, malgré l’incongruité de la situation.

Passant de personnage en personnage, on ne s’appesantit pas spécialement sur un héros et ce rôle évolue au fil des rencontres. Il y a bien quelques figures emblématiques, mais pas réellement de leaders charismatiques, du moins au début. Ce qui rend la situation encore plus stressante et inhabituelle. Mais après avoir vu des poissons envahir ce quartier branché de Tokyo, le lecteur n’est plus surpris par la tournure que peut prendre le scénario. Ce qui pourrait être un défaut devient finalement une force. En revanche, la lenteur du récit, le peu d’événements marquants et un graphisme passe-partout pourraient refroidir certains lecteurs qui pourraient s’arrêter au premier volume. Après une mise en place un peu brouillonne, une fois le postulat de départ surprenant passé, une vraie lutte pour survivre s’engage. Commencée en 2016, la série, toujours en cours, compte actuellement sept volumes au Japon. Le public semble donc l’apprécier et c’est sûrement la raison qui a poussé Pika à sortir les deux premiers volumes de manière concomitante.

Hiroya Oku ( « Gigant » , « Last Hero Inuyashiki », « Gantz »… ), fan de la série, arrive à bien la résumer  : « Avec ses dessins horriblement saisissants et son titre en deux mots très évocateurs, on lit ce manga avec voracité ! »

Complètement décalé avec ce concept de poisson géant flottant dans l’air, « Shibuya Hell » a su prendre un tournant inhabituel dans ce qui est maintenant un genre classique  : le survival horror. Dorénavant, vous ne verrez plus votre gentil poisson rouge prisonnier de son aquarium du même œil.

Gwenaël JACQUET

« Shibuya Hell » T1 par Hiroumi Aoi
Édition Pika (8,20 €) – ISBN  : 978-2811643492

SHIBUYA KINGYO © Hiroumi Aoi / SQUARE ENIX CO., LTD.

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2 Comments

  • BARRE
    1 an ago Reply

    Les poissons, sujet passionnant pour les amateurs de bulles…

    • Gwenaël Jacquet
      1 an ago Reply

      Bravo, bien trouvé   🙂

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