Science-fiction froide pour Adam…

2045 n’est pas si loin. Pourtant, la Terre devrait avoir grandement évolué selon la vision que nous offre Ryoko Azuma de ce futur. Les voyages spatiaux se seront développés, la guerre froide avec la Russie est repartie et les extrémistes islamiques ne sont apparemment qu’un ancien souvenir. Le monde n’est toujours pas idyllique, mais certains scientifiques continuent d’œuvrer pour rendre la vie plus agréable et facile. La robotique a énormément progressé et le robot humanoïde Adam en est la quintessence. Véritable concentré de technologie, il ne lui manque plus qu’à apprendre la valeur des sentiments et des émotions humaines. Adam va rapidement devoir faire face à une invasion d’êtres volants venus de l’espace. Leur caractère belliqueux ne fait aucun doute, même si au début de l’histoire, ces Psychés restent de bien mystérieuses créatures.

Pour les Japonais, la filiation de cette série avec l’une des œuvres majeures de Tezuka est évidente dés le titre (« Testuwan Adam » en V.O.) qui rappelle forcément la célèbre série d’anticipation de 1952 du dieu du manga  : « Tetsuwan Atom ». Ce qui est malheureusement moins clair en français. Mais imaginez donc les aventures d’une machine de guerre, nommée d’après le premier homme, dont ses aventures seraient narrées dans une série ayant pour titre  : « Adam le petit robot ». Cela fait tout de suite moins impressionnant. De ce fait, la baseline choisie par les éditions Pika est bien plus appropriée  : « Adam, l’ultime robot ».

Parue au Japon entre 2016 et 2018 et clôturée en quatre volumes, la série n’arrive qu’en 2020 en France. Pour autant, l’attente a du bon, puisque l’éditeur annonce une sortie complète dans l’année à raison d’un tome tous les trois mois. Initialement prévu en mai, le premier volume ne sort finalement qu’en août du fait de la pandémie mondiale qui a chamboulé toutes les parutions prévues durant cette période difficile.

Le point fort – comme le point faible – de la série reste son côté scientifique qui ancre le récit dans un univers familier et plausible. C’est un point fort, car le lecteur retrouve de nombreux projets familiers comme la terraformation de Mars et, bien évidemment, le développement de la robotique. D’ailleurs, Adam n’est pas un robot ordinaire, ça, nous le savons dès le début du récit. Mais il est également faillible. Il doit apprendre le caractère des humains pour s’en rapprocher. Il va donc passer d’une boîte de métal austère à un humanoïde capable de sentiment. Et c’est aussi l’un des points faibles de la série : son côté trop réaliste et scientifique très terre à terre. Le lecteur de science-fiction va y trouver son compte, mais l’amateur de combats spatiaux sans bla-bla ou cohérence risque d’être frustré.

En ce sens, le dessin est également froid. Les lignes épurées, l’attitude des protagonistes et ces cases remplies d’aplats d’un noir extrême pour le vide de l’espace et d’un blanc laiteux pour le reste renforcent ce sentiment de légèreté. Les combinaisons spatiales, forcément blanches comme les blouses enveloppantes des scientifiques, elles aussi, d’une propreté aseptisée, intensifient ce côté immaculé de l’univers. Même les ennemis sont géométriquement parfaits dans leur symétrie. Un dépouillement renforcé par le peu d’action et les nombreuses explications, caution scientifique et réaliste du récit.

Adam, premier homme sur terre risque bien d’être le dernier être doué de conscience s’il n’arrive pas à enrayer l’invasion extra-terrestre en cours. Ce récit est avant tout une histoire de science-fiction bien ficelée, mais extrêmement traditionnelle et c’est justement ce que l’on attend d’un tel titre. Un retour aux sources du récit d’anticipation à réserver aux amateurs du genre.

Gwenaël JACQUET

« Adam, l’ultime robot » par Ryoko Azuma
Éditions Pika (8,20 €) – EAN  : 9782811641160

© by AZUMA Ryûkô / Shûeisha

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